Le Corbeau et le Chat

Tout le monde connait, foin de calembredaines(1), l’histoire du corbeau et du renard, contée par Lafontaine(2) qui éleva la fable en art, mais combien connaissent la suite, après que l’infortuné volatile ait recu sa leçon de maitre goupil(3) ? Je vois une main qui se lève la au fond ? Dugenou(4) ? Vous connaissez la suite ? Ha, non, vous voulez allez aux toilettes… Faites, faites, mais ne dérangez pas cette lecon de choses(5). Ainsi donc, après s’être fait dérobé sa spécialité fromagère(6), notre ami au sombre plumage et au ramage terni décida d’emigrer vers des contrées plus hospitalières. C’est ainsi qu’il trouva, en bord de mer, une sympathique masure dont il fit, sans façon ni manière, son lieu de villégiature.

Le Corbeau et le Chat(6)

Maître Corbeau, dans un hamac allongé
Tenait en son bec une sardine grillée
Maître Matou, par l’odeur de poisson alléché,
Vint à ses pied pour s’égosiller :
"O zyva mon poto du Corbeau,
T’as la classe, t’es sapé comme un Caïd
Et sans djoquer, si t’es aussi intello
Qu’t’as pas l’air prolo, et qu’tu parais solide
T’es l’Aragorn d’cette cité en bord de l’eau
"
A ces mots, le Corbeau pris un air supérieur,
Et rehaussant son plumitif postérieur,
Apostropha, le verbe agressif et hautain,
Ce matou adacieux et importun :
"Sachez, monsieur du Félin,
Que, pas plus tard que ce matin,
J’ai vu la redif de l’épisode 1(7)
Qui passait sur TF1.
De cette fable la lecture,
M’ayant reméroré un douloureux passé,
Nul, depuis, ne serait rusé assez,
Pour m’endormir d’un discours de si piètre facture
"
Hélas, avec les durs mots de la raison,
Il fit également tomber le poisson…
Le rusé Félin le croqua et dit, polisson :
"Je suis ami avec l’écrivain,
Je connaissais déjà le refrain.
T’as pas lu les petits caractères
Tu t’es fait avoir mon frère !
Faut éviter les agents artistiques.
"
Le Corbeau, aigri et colérique.
Promis, avec une emphase admirable
Qu’il ne postulerait plus pour les fables.


Les inneffables notes de bas de page :

(1) : Vous pouvez notez l’élégance de cette phrase, dont je suis très fier car j’ai juste rajouté "foin de calembredaines" après la relecture…

(2) : Qui a dit "je ne boirais pas de ton eau" ? Bon, toi, tu sors.

(3) : Maître Goupil est le Renard, bien sur, C’est un élément essentiel de la culture.

(4) : Il va de soit que l’élève que j’ai appelé ici Dugenou n’est pas l’élève Dugenou, mais juste un prete-nom utilisé pour ne pas attrister les cancres qui lisent parfois mon blog et qui pourraient se reconnaitre dans la description navrante et triviale de ce pathétique potache.

(5) : Oula, mais je sens des contestataires mesquins ! D’accord, il ne s’agit pas vraiment là d’une leçon de choses. Mais pour tout vous dire, je ne suis pas enseignant non plus, et je raconte juste une histoire. Et ce n’est pas avec vos interruptions à deux roubles nippo-malgaches que ça va aller plus vite ou diminuer le nombre de notes de bas de page.

(6) : QUOI "LAQUELLE ?" MAIS C’EST PAS BIENTOT FINI OUI CES QUESTIONS ! La nature du type de fromage perdu par le corbeau est à peu près aussi palpitante qu’une soirée de rediffusion "special inspecteur Derrick" un soir ou vous possédez des inviatations en loge à l’Opera Garnier pour aller assister à l’Orpheo de Monteverdi. On va dire que c’est un Saint-Nectaire bien mûr, ce qui explique à coup sur l’arrivée ventre à terre du Renard voulant, quelle ordure, dérober ce dessert.

(7) : Une petite anecdote sympathique : l’idée originale de ce texte date de ma classe de cinquième, ou j’avais décidé, lors d’une rédaction, de faire un pastiche de Lafontaine. Le texte était drôle, bien que sensiblement différent, mais je n’arrive pas à remettre la main dessus. Ce billet devait être publié en Novembre 2006, mais j’ai tenté, en fouillant dans mes archives personnelles, de retrouver ce texte. Hélas sans succès. Plus d’un an après, profitant d’un long trajet en train, j’ai "repondu" ce texte…

(8) : Le texte de l’épisode un, pour ceux qui ont loupé la rediffusion :
Producteur : Luis Fourteen
Réalisateur : John Fountain
D’après une histoire de S.Hope & F.Êdre
Avec (par ordre d’apparition) :

  • Prosper-Amédé Deloin – Le Corbeau
  • Hugues Bouleau d’Orme et Son – L’Arbre
  • Hubert-Louis-Marie de Saint-Nectaire – Le Fromage
  • Jean-Ferdinand Goupil – Le Renard


Le Corbeau et le Renard

Maître Corbeau, sur un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage.
Maître Renard, par l’odeur alléché,
Lui tint à peu près ce langage :
"Hé ! bonjour, Monsieur du Corbeau.
Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois.
"
A ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie ;
Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Le Renard s’en saisit, et dit : "Mon bon Monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l’écoute :
Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute.
"
Le Corbeau, honteux et confus,
Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.

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